Sly ‘MIC BUDDHA’ JOHNSON, LE RETOUR

En ces temps de confinement, de déconfinement et de reconfinement réguliers à cause d’un virus qui fige la planète entière sans distinction de race, de religion ou de genre, la musique reste la valeur refuge dans laquelle chacun peut trouver du réconfort, des émotions aussi fortes que la kinésthésie la plus folle, et l’espoir d’une vie au long cours bien loin des gestes barrières si bien nommés. Même enfermée dans mes mètres carrés, la musique a ce pouvoir cher à mon coeur, celui de nous faire évader et de retrouver une liberté émotionnelle, sensuelle, extraordinaire qu’aucun gouvernement ne saurait nous retirer.

Les artistes privés de leur mode d’expression favori, c’est à dire, le concert, le festival, le set intimiste ou le live démesuré des stades, trouvent des moyens de survivre, de ne pas rompre le lien avec son public à travers le Live Streaming. Après les lives confinés en appartement, la profession s’organise et s’adapte aux protocoles sanitaires gouvernementaux. Et ca fonctionne ! Comme tant d’autres, je suis retournée masqué, gel hydroalcoolisée, gestes barrièrés voir mes artistes favoris dans mes salles de concerts favorites même si les temps a été raccourci, les premières parties disparues, et le pied de grue retrouvé avant l’ouverture des portes. A nouveau reconfinée, les partenariats se multiplie entre salles et artistes, les artistes trouvent d’autres voies de live streaming au travers de plateformes digitales. Personnellement, je préfère les lives streaming dans les salles de concert en direct avec de vrais musiciens voire dans les rues à l’ancienne et pas des shows marketés mondialisés avec des danseurs pailletés, des applaudissements enregistrés et des jeux de lumières aveuglants.

C’est comme ça, que j’ai pu assister à des concerts au plus près de ce qu’ils ont toujours été, un contact privilégié, sans artifices, et organiques. J’ai choisi de mettre en avant le dernier que j’ai eu à entendre, celui de Sylvère Johnson, aka Sly Buddha Mic Johnson, ce génie de la beat box vivante, chargée en soul naturelle et intense. A l’heure où la nouvelle génération d’artistes découvre et adapte son titre phare « Angela » du temps de Saian Supa Crew où il fût auteur, compositeur et interprète de ce groupe phare des années 2000, Sly Johnson avec 20 années de prestations musicales et discographiques impressionnantes, reste fidèle à ce qu’il est, sans dénaturer ou dévoyer sa musique aux sirènes du marketing ambiant.

Sly Johnson - ©Alexandre Lacombe
Sly Johnson – ©Alexandre Lacombe

Je me souviens de sa première Cigale en Octobre 2018, mon coeur avait été soulevé littéralement par son concert. Sa voix soul, sa culture hip-hop, démultiplié par ses talents incontestés de beat-box, m’avaient littéralement fait décoller de mon siège. Sly Johnson est également un artiste dont le mot partage n’est jamais vain à l’image de ses nombreuses collaborations (Camille, Erik Truffaz, Oxmo Puccino, Ayo, Lucky Peterson, Jacky Terrasson…).

Aujourd’hui, plus exactement fin Octobre, il a annoncé un nouvel album dont il a dévoilé sur les réseaux sociaux son nom « 55.4 », pour 55 jours d’écriture, 5 mois de mixage et qui deviendra son 4ème album solo. Il a convié ses fans, les Slyers, à venir en écouter quelques sons en exclusivité. Avec le Théatre de la Ville en partenariat avec les 3 Baudets, il s’est offert l’écrin de l’espace Cardin du Théatre pour une heure de Live en Direct ce Lundi 9 Novembre 2020.

Accompagnés de ses supers musiciens, Anthony Jambon à la guitare et Laurent Salzard à la guitare basse, il nous a offert avec une extrême générosité, une musique tellement riche en émotions, et embarqué dans son univers musical au carrefour du hip-hop et du funk dont il est l’un des maitres incontestés en France. Sa présence solaire, ses performances vocales riches, sa maîtrise parfaite de son looper au service de la basse et de la guitare, se déroulent de façon majestueuse sur un rythme chaleureux, un groove irrésistible qui nous fait traverser l’écran au plus près du fantastique artiste qu’il est. Cette virtuosité sans limite laisse pantois.

Le mieux est encore de l’écouter au travers du replay disponible sur You Tube pour ressentir au plus profond ces nouveaux sons, qu’il me tarde de découvrir sur sa nouvelle galette à venir.

Retrouvez Sly Johnson sur son site Web et les réseaux sociaux : Facebook /Instagram / Twitter / SoundCloud / YouTube

Nicolas Jules trio + David Lafore en concert

Aller voir Nicolas Jules sur scène est pour moi loin d’une mince affaire. Emballée par la reprise d’un de ses titres « Bétonneuse » par un certain Guilhem Valayé qui ne tarissait pas d’éloges à son endroit, je suis allée le voir plusieurs fois sur scène, en solo le plus souvent et dernièrement avec le projet CINQ. Autant le dire de suite, le personnage très sûr de lui, ses monologues sarcastiques m’agaçaient au plus haut point, celui de ne pas tendre l’oreille vers ses chansons et son univers si particulier. Complètement parasitée par ce cliché, j’avais presque renoncé à le revoir sur scène. Jusqu’au spectacle CINQ à l’affiche du festival l’Estival le 20 septembre dernier. Un peu moins foufou sur scène, j’ai enfin entendu son répertoire d’une autre oreille, en tout cas suffisamment pour aller lui parler quelques minutes après le festival. Nicolas Jules m’a surpris … Très en verve, il n’a cessé de me poser des questions (bonjour l’interrogatoire), m’a limite presque culpabilisée d’être fan de Guilhem (il est vrai que je connais son répertoire par cœur), bref un échange très « chat vs. chien », incompréhensible mais tellement vivant ! Pourtant, le personnage de plus près à ce côté inclassable sans trop forcer, à la fois fataliste et désabusé presque inné, une liberté de ton et une dérision qui m’ont titillés, je l’avoue. Quand j’ai appris qu’il viendrait jouer dans ma ville, je me suis lancé le défi de venir le voir sans a priori. Lui-même avec une moue dubitative, n’avait pas vraiment l’impression que je viendrais.

20h30, je suis déjà la bourre quand j’arrive à la salle municipale René Cassin. Je prends mon billet, et me rends fissa dans la salle. Nicolas Jules avec ses acolytes de scène sont dans l’encoignure de la porte. Il se rappelle visiblement de notre échange à St Germain, et je le préviens de suite que je ne serai pas au premier rang. Surpris il l’est, mais je connais l’animal qui réserve souvent à ce premier rang certaines effusions et surprises que je ne me sens pas capable de supporter ce soir. Je le laisse avec mes a priori (sympa la pression, 1 partout) et file trouver une place. La première partie est assurée par David Lafore. Un compagnon de route de 20 ans pour Nicolas Jules, qui a la dure tâche de préchauffer un public qui ne le connait pas vraiment. Ca tombe bien moi non plus. Les premières minutes d’un concert sont assez cruciales. Je sais dans les premières minutes si je vais accrocher ou pas. Déjà David Lafore prend le temps (trop peut-être) pour installer son show. Après un premier contact avec le public où visiblement David Lafore tente de mesurer  la réceptivité à son spectacle, je me suis déjà éloignée (au bout de 15 minutes pendant lesquelles je me suis proprement emm**) de ce qui se passe sur scène.

Sans paraître trop critique, le comique de situation un peu « bourrin » qui accompagne chaque chanson sur scène, les mimiques et les grimaces forcées me semblent un fil trop gros, ou peut être que le texte me semble trop récité pour être totalement convaincue et du coup accrochée à sa mise en scène. Mes voisins et la salle rient de bon cœur, réponds très favorablement au spectacle de David Lafore. Moi non, je pressens l’arrivée de chaque phrase, il en fait des tonnes sur scène, et particulièrement dans ses jolies chansons qui ne méritent pas ça. Quand un artiste tente de capter systématiquement l’attention de son public (notamment en lui faisant peur avec des cris par surprise), cela veut dire que son spectacle ne se suffit pas à lui-même et qu’il manque ce petit quelque chose pour être complètement transporté.  Cela ne veut pas dire pour autant que tout est à jeter. J’ai apprécié les parties chantées (qui sont plus un prétexte aux sketchs que la matière principale qu’elles devraient être), vraiment avec cœur, et pas celles où il se sent presque obligé de faire le comique avec des onomatopées, des cris ou des gestes qui ne leur apportent rien à mon sens. Je n’ai pas du tout aimé quand il fait passer le public pour un veau docile et pas très intelligent, à qui on peut tout faire faire, les applaudissements comme les mains levées.

Que dire que de la photographe qui a « dû » monter sur scène pour faire une photo d’ensemble presque contrainte. Enfin, le déséquilibre chansons / comédie est flagrant et presque frustrant pour la spectatrice que je suis. J’ai réussi un peu à me dérider sur les reprises à la fin et ai été réceptive à la chanson « Moi, Jaloux ». Par contre, ce grand cousinage voire cette ressemblance assumée avec ce que fait déjà Mathieu Boggaerts, l’énergie en plus et la poésie en moins, m’a accompagné tout au long du spectacle. Pour faire court, on peut passer un très bon moment avec David Lafore à  condition d’être bon public et pas regardant sur l’a peu près de la mise en scène. Petit bonus, l’artiste joue a cappella avec sa guitare acoustique (dont il joue à la perfection), ce qui renforce la proximité avec l’audience. Il se retire de scène avec un sympathique rappel à la guitare électrique, visiblement content de sa soirée et du public qui s’est rapproché de son public idéal …

Le temps d’installer le plateau qui va accueillir Nicolas Jules trio, et me revoilà, bière à la main pour écouter celui qui m’a intrigué il y a quelques semaines. Changement de lumières et voici le trio composé de Roland Bourbon poitrail ouvert à la batterie à droite et Clément Petit bien barbu au violoncelle à gauche, Nicolas Jules au milieu accompagné de sa Gibson mordorée et d’une chemise un poil tropical et ses cheveux déjà hirsutes. L’ambiance est déjà électrique, quand il chante le titre « Ambiance ». A la première seconde, je plonge avec les deux mains et tout le reste dans cette ambiance de fou, où le tempo lancinant, la voix grave et les sons électriques vous happent immédiatement. Cette petite étincelle me fait un bien mais tellement dingue comme si j’avais été en apnée l’heure précédente. « Papier bleu » qui suit me réconcilie avec la voix de Nicolas Jules, ce côté un peu baryton qui s’ignore, me prend au dépourvu. Il est difficile de ne pas succomber au charisme de ce poitevin bon teint qui centralise tous les regards. Avant d’entamer la troisième chanson, Nicolas Jules commence par un tacle bon enfant à l’endroit de David Lafore, fait la présentation très « Julienne » de son batteur, son côté girondin et bel homme, avant de nous faire un point sémantique sur le mot  Oindre, c’est à dire enduire d’huile, utilisé dans une connotation religieuse le plus souvent mais qui dans ce show aura une connotation plus « velue » en référence au torse de Roland Bourbon. Il enjoint le public à caresser son « pelage » à la fin du concert, mais surtout il introduit la prochaine chanson comme la musique du diable, et rock’n’roll à souhait.

Roland Bourbon nous fait une démonstration rythmiquement bien lourde qui bouscule et Nicolas Jules entame « Oint » bien crânement et se sent comme dans son élément avec ses paroles érotisantes et diaboliquement bonnes sous la lumière rouge qui inonde la scène. Après cet épisode sulfureux, l’artiste revient bien vite sur scène en se moquant gentiment du nom de la ville, et alpague une fan qui prend des photos. Elle vient de Vesoul (eh oui !) pour le voir. Un autre fan, François, longue barbe blanche et habillé d’une veste militaire du plus bel effet est aussi présent. Nicolas Jules le met en lumière et improvise une histoire dont il a le secret pour introduire la chanson suivante « Celui qui n’a rien ». Un petit intermède acoustique sur la vacuité de la rupture amoureuse, entrecoupé  de petits coups de hanches, d’une descente au premier rang pour titiller le public et un focus très rigolo sur Roland Bourbon et son instrument qui reproduit le son d’une petite cloche et d’un violon pour terminer la chanson.

Retour aux sonorités électriques, au monde triste et glauque de la chanson « Joconde », qui met superbement en avant les notes écorchées et métalliques du cello de Clément Petit. Un Nicolas Jules désabusé et perdu devant l’indifférence de son amoureuse qu’il compare à la Joconde. Cette chanson n’et pas celle que je préfère, mais elle a le mérite de ne pas laisser de marbre. Il vient enfin mon moment préféré du concert, celui où Nicolas Jules interprète tout en poésie et sobriété mon morceau favori « Bétonneuse ». Je goûte chaque note et chaque mot avec délectation. Cette chanson me transperce à chaque fois même si je ne saurais dire pourquoi. Elle fait appel à ce côté lunaire dans lequel je me love volontiers, à la solitude de la nuit que je préfère, cet incroyable tour de force de faire rimer nébuleuse et bétonneuse si antinomiques, enfin cette insomnie trop souvent rencontrée à qui il donne des vertus presque agréables. Je suis subjuguée par les notes aériennes et sibyllines du violoncelle de Clément Petit qui m’emmène bien au-delà de la scène René Cassin.

L’occasion est toute trouvée par Nicolas Jules de présenter à sa façon son violoncelliste, qui nous fait un sacré numéro. Je ris tellement de bon cœur, que je ne vois pas arriver les gouttes d’eau envoyées depuis la bouteille de Roland Bourbon. Petit tacle en passant sur les quartiers privilégiés des Yvelines et les quartiers populaires, qui rebondit on ne sait comment sur un petit sketch dit « animalier » avant d’ouvrir sur la chanson « A la gomme ». Un titre sans prétention, sur le mensonge amoureux, qui fait son petit effet, en tout cas sur moi et mes voisins de salle. On est comme sur des montagnes russes dans un concert de Nicolas Jules.

On oscille entre compositions rock rugueuses et chansons mélancoliques et pleines de dérision sur le dépit amoureux. En tout cas, il est difficile de rester insensible à l’univers de Nicolas Jules. A cet instant précis, je me demande pourquoi et comment j’ai pu l’être autant à son répertoire jusqu’à maintenant. Il n’aura fallu qu’un centième de seconde pour que j’embarque sans retour possible dans son répertoire poétique et inattendu.  « L’eau noire » est la première chanson qui fait le décompte pour Nicolas Jules de la fin de concert. Il ne reste que 4 chansons avant la fin. Une façon très particulière de préparer son public à se déconnecter en douceur de son concert. Du coup, ce titre me semble moins intéressant que les autres avec son rythme lent, plus sombre aussi, dans une tonalité lugubre qui signe la fin d’un amour dans un désespoir frissonnant. Brrr … il enchaîne sur le même sujet avec l’élucubrant et rock « l’Amicale des joueurs de Luth ». Rien que le titre est déjà en soi une performance littérale. Mais ce n‘est rien comparé à l’envolée rock et déjanté qui emporte le public, qui n’en finit pas de rythmer avec ses mains et en cris l’avant dernière du show. C’est la même énergie qui nous emporte sur le titre Faon, où Nicolas Jules déchainé avec ses acolytes déclame qu’i est un Faon, une biche dans le bois comme une déclaration solennelle sur sa Gibson déchirée de notes électriques. Un des meilleurs moments de ce concert sans équivoque ! Le temps pour le trio de s’éclipser de scène puis de revenir pour un ultime rappel sous les applaudissements et les vivas du public, Nicolas Jules nous régale une dernière fois avec « Le dernier étage » où il prend bien soin de chauffer à blanc sa Gibson de riffs bien sentis, un poil Hendrixien, portés par le rythme effréné de Roland Bourbon et le cello de Clément Petit en mode percu. Le concert se termine comme il a commencé de manière électrisante, histoire de bien nous réveiller avant de partir.

Credit photo : Cathy Calvanus

Les adjectifs pourraient être légion pour décrire le show de Nicolas Jules et de son trio au sortir de la salle. Pourquoi synthétiser à tout prix ces moments si particuliers et originaux que sont ce spectacle. L’essentiel est que j’en suis repartie CON-QUI-SE. Convaincue et stupide à la fois d’avoir laisser autant de temps sans avoir VRAIMENT écouter ses chansons jusqu’ici. C’est un TOUT indéniable, une créativité hors-norme, un projet complice de 3 artistes qui se connaissent sur le bout des cordes, qui démarre au quart de tour pour nous entrainer bien malgré nous dans l’univers écorché d’un Nicolas Jules hypersensible (qui se cache maladroitement derrière ses compositions), mais tout dévoué à son art. Qui a presque failli nous décerner le titre de public idéal avant de décocher « un public correct » auquel il ne croyait pas (ah ce sourire et ses yeux pétillants qui veulent tout dire), aussi emballé que lui par ses chansons. Allez. Celle-là est pour toi Nicolas Jules purement gratuite mais bien sentie : un show de Nicolas Jules est purement EBOURIFFANT comme sa tignasse blonde qui n’en finit pas de pointer vers le ciel.

Epilogue : un grand remerciement à Nicolas Jules pour ces moments d’échange avec son public après concert. On te donne volontiers rendez-vous une nouvelle fois sur notre territoire des Yvelines. Vous avez de la chance, son nouvel opus « Les Falaises » (en autoproduction) est maintenant disponible sur son très beau site internet NICOLASJULES.COM

En attendant, ne vous privez pas inutilement d’un concert de Nicolas Jules. Que vous veniez de Vesoul ou pas, vous ne serez pas déçus ! Les prochaines dates de concerts de Nicolas Jules sont à découvrir sur son site internet !

Kimberose, Diva Soul à l’Olympia (live report)

Avec son album Chapter One, l’année 2018 a été l’année des premières fois sur les petites et grandes scènes françaises et une année de découverte, un vrai succès public, qui n’en finit de s’accroître à chaque apparition télévisuelle de la jeune femme. 2019 ne dérogera pas à 2018, avec ce premier Olympia qui couronne une année de tournée intense avec ses musiciens.

Avant de retrouver Kimberose sur scène, place à King Crab, venu directement de Marseille pour nous faire découvrir leur musique. Lucas et Adam Derrez, les deux frères à l’origine de ce groupe de Soul venu tout droit du Sud foulent pour la première fois la scène mythique de l’Olympia à l’invitation de Kimberose. Ils sont accompagnés sur scène aux claviers de Kevin Gelsi et à la batterie de Florent Sallen. Comme ils se définissent sur leur site, « TWO BROTHERS – FOUR FRIENDS – ONE SOUL BAND » (traduction, deux frères, quatre amis, un groupe Soul), ils le sont indéniablement sur scène. Ils ont à leur répertoire un premier EP dénommé « Reworx » sorti en 2015.

Ils sont connus pour leurs nombreuses covers dans leur domaine musical favori. Sur scène, King Krab est un quatuor qui prend beaucoup de plaisir à partager leur musique à fois funky et groovy. Leur répertoire reprend essentiellement des sons Soul et Funk issus de leurs influences musicales principales (Al Green, D’Angelo, Michael Jackson, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Donny Hathaway, George Benson), tout en rythme autour des voix principales de Lucas et Adam. Ils s’autorisent une incursion dans la chanson française en reprenant à leur sauce, la chanson de Dalida « Paroles, paroles », dans laquelle ils entremêlent avec dextérité et douceur quelques notes de « Killing me softly » des Fugees. Leur performance live d’une vingtaine de minutes est super agréable à écouter, mais leurs arrangements si subtils soient-ils ne parviennent toutefois pas à m’emporter complètement. C’est dommage parce qu’ils auraient tout à gagner s’ils élargissaient leur répertoire qui reste assez répétitif, comme un bon vieux juke-box qui passeraient les meilleurs Golden tubes Soul de ces dernières années. Il manque à mon sens une touche de modernité ou de mélange avec d’autres musiques comme le Jazz ou l’électro. Cela dit, je vous encourage tout de même, si vous aimez groover sur des sons mythiques Soul, à aller sur leur site officiel et leurs différents réseaux sociaux pour y jeter une oreille.

Plus d’infos : Site Officiel SoundcloudFacebookInstagram

King Crab band – photo extraite de leur site Officiel king-krab.com

Roulement de tambours, musiciens en avant avant arrivée de Kim dans un ensemble saumon dénudé aux épaules, longue chevelure lisse et brune déroulée le long du dos, tout en sensualité. « About Us » est la première chanson qui envoie du lourd dès le début. Elle démarre son show de façon tonitruante, le public est déjà au taquet et elle termine son titre par une vigoureux « Bonjour » à son public. La jeune diva nous fait savoir qu’elle est en pleine forme ou serait-ce une manière de dissimuler son trac ? On entre dans le vif du sujet avec les titres « Reason », et surtout « Needed You » (sur laquelle plane l’ombre bienveillante d’Amy Winehouse) qui signe un vrai retour au plus pur Soul de son album Chapter One.

Elle reprend son souffle pour entrer en contact avec le public et lui dire que cet Olympia est un rêve de gamine qui se réalise. Elle insiste en affirmant que ce ne sont pas des bêtises et quelle a longtemps attendu pour être sur cette scène. On la sent très investie dans son show, en multipliant le dialogue avec son public entre chaque chanson, à moins que cela ne soit une quête d’approbation pour coller au mieux aux envies de l’auditoire.

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Un moment plus introverti et plus sensible pour Kim, qui affirme que cette chanson a été une manière pour elle de dire stop dans une période de sa vie plus difficile que maintenant. Il s’agit du titre « No more », qui permet une belle respiration avec cette ballade mélancolique et bluesy. Kim interprète ce titre comme si elle avait du se battre comme jamais pour en arriver là où elle en est. Ce refrain lancinant « No more » se traduit comme une espèce de libération, qui permet de mettre en avant les sonorités puissantes des claviers d’Alexandre Delange.

On aborde un virage plus pop avec le titre « Waiting for you », avec les coups de baguettes de Rémi Ferbus qui distillent les le tic tac d’une horloge sur ce temps nécessaire que chante Kim pour que son homme devienne celui qu’elle espère. La magnificence et la sensualité de sa voix est là offerte à nos oreilles. Mais aussi sa douceur. Elle assure sans faille son répertoire sur mesure pour sa voix. Il est temps de faire un peu d’interactions avec son public : c’est l’occasion  de chanter une première reprise « Human after All » rendue célèbre par  Rag’n’Bone Man, en apostrophant « Il est « Vous », chantez avec moi, OK ». L’opportunité de montrer qu’elle possède autant de coffre que ce grand bonhomme sans oublier d’y mettre sa patte féminine.

Retour à la douceur, avec les compositions « I’m a fool » et « Wolf » second titre à la sauce Winehouse, où les failles pointent leur bout du nez. On se sent étreint par sa tristesse, sa mélancolie divinement interprété par les longs sanglots tirés du solo au clavier d’Alexandre Delange. De longs applaudissements viennent couronnées ce deux superbes slows et la performance du musicien. Elle évoque d’ailleurs sa rencontre avec lui il y a 10 ans en faculté de psychologie, avant de rendre un hommage appuyé à une chanteuse qu’elle admire et qui nous a quitté l’année passée, Aretha Franklin. Un a capella au piano de toute beauté qui est certainement un des meilleurs moments du concert. Je sens les frissons me parcourir le long du corps, et je me dis intérieurement qu’Aretha aurait accueilli Kimberose  à bras ouverts comme une fille spirituelle, de celles qui perpétue l’histoire de la Soul Music avec un grand S. Le public est subjugué et donne à Kimberose ses premiers galons de chanteuse dans le panthéon mythique de cette musique noire américaine.

Kimberose n’en reste pas là dans ses hommages aux artistes noirs américains. Sam Cooke et Nat King Cole ont droit à une revisite de leurs plus grands tubes de l’époque, respectivement, « A Change is gonna come », et « Smile ». Deux chansons qui trouvent écho dans son parcours personnel, à la fois ce changement de vie (elle était auparavant dans le milieu médical) vers ce rêve de jeunesse d’embrasser la chanson. Mais également sa sensibilité, et ses racines familiales qui lui rappellent que nombre de personnes n’ont pas la reconnaissance qu’ils devraient en raison de la couleur de leur peau. Cette discrimination raciale qu’a vécu à son époque Nat King Cole dans l’Amérique des années 50, il l’affrontait à sa façon en gardant continuellement le sourire. Ce Smile que Kim chante à son tour avec bienveillance, qui lui ressemble aussi, avec son sourire d’une blancheur éclatante et d’une joie de vivre qu’elle distribue sans retenue pendant ce concert.

Crédit Photo : Yanis Baybaud – Twelve Photography

Parmi toutes ses covers, il y en a une que je ne connaissais pas, celle de Robyn, une chanteuse suédoise, avec la chanson « With every heartbeat » (composition datant de 2007) qui ne figure pas dans son EP Chapter One. Cette reprise diffère de toutes les autres non seulement par son côté Folk (assez loin de son périmètre musical Soul) mais probablement par le sens des paroles. Elle évoque la rupture probable d’un couple, la possibilité de retenir ce qui peut l’être sans jamais revenir en arrière. Je ne peux m’empêcher de penser (et c’est une interprétation toute personnelle) à son ex-guitariste, Anthony Hadjadj, (grand absent des dernières scènes de Kimberose), accessoirement son ex-compagnon, qui l’a porté et accompagné dans cette aventure et dont l’histoire n’a pas survécu à l’ascension grandissante de l’artiste Kimberose. Evoquerait-elle des regrets de cette situation personnelle, nul ne le saura jamais …. En tout cas, les musiciens présents sur scène font le job comme on dit : Rémi Ferbus à la batterie (quel sacré rythme), Jeremy Louwerse (à la guitare basse), Alexandre Delange aux claviers et enfin l’incroyable Kubix Guitsy à la guitare (acoustique et électrique).

La fin du concert est proche, et elle a choisi de chanter les titres les plus emblématiques de sa vie, qui ont une résonnance intime, forte et sensible à la fois. D’abord le titre « George », dédié à son père décédé il y a quelques années avec lequel elle a visiblement encore des souvenirs douloureux. Cette chanson, si elle ne lui permet pas de panser les plaies, a le mérite de mettre à nu sa sensibilité, son humanité, sa tristesse auxquels on ne peut rester insensible. Dans un tout autre registre, la chanson « I’m Sorry », qui l’a pour ainsi dire propulsée sur le devant de la scène musicale française, son premier hit, met son public en émoi. Je retrouve la Kimberose de ses débuts il y a 2 ans dans cette petite salle parisienne, avec plus d’assurance et de profondeur. Le public ne s’y trompe pas. et l’ovationne comme il se doit.

En final, « I’m broke », lui permet de clôturer son premier Olympia en beauté. Elle en profite pour remercier ceux qui l’ont porté jusque là : Fabrice Nataf qu’elle surnomme son « Doudou, Dada » et qui est son éditeur, son producteur, celui qui a cru en elle. Puis bien sûr, son label Six&Sept, les différents techniciens aux retours son et à la lumière, sans oublier son public fidèle qui l’a suivi depuis près de 2 ans de scène en scène. Cette chanson est un terrible pied de nez à sa vie d’avant et l’a représente telle qu’elle est : une guerrière de 27 ans, qui a beaucoup lutté, contre une existence difficile, criblée de dettes quotidiennes, de frigo vide, qui a vu les portes se refermer sur elle, et la misère pointée le bout du nez. Alors oui, Kimberose prend une belle revanche sur cette précédente existence sans renoncer à sa fierté, son envie d’en sortir quoi quoiqu’il en coûte, sa force indéniable de donner corps et vie à ce qu’elle est devenue.

Comme elle l’a fort bien expliquée en interview, Kimberose a donné tout ce qu’elle avait en elle depuis 10 ans, dans son premier album. Son parcours de jeune femme émaillée par des embûches qu’elle n’attendait pas si tôt dans la vie, sa maternité, et l’absence de son père. Toutes ces émotions ont atteint leur but, celui de lui permettre de devenir chanteuse, qui a trouvée son public qui le lui rend bien. Si je dois faire une comparaison avec son premier live à Paris il y a 2 ans, la progression de cette jeune femme a été fulgurante. Elle a su bien s’entourer avec de nouveaux musiciens, elle a pris en assurance sans renoncer à son authenticité, sa façon de chanter a aussi beaucoup évolué en sobriété, et en profondeur de chant. Elle a travaillé dur pour gravir les marches qui la rapproche des grandes divas de la Soul. Cet Olympia n’était pas autre chose que cet incroyable partage émotionnel, viscéral des chansons qu’elle porte profondément en elle. Une nouvelle fois, Kimberly Kitson Mills a osé dans ce temple mythique de la chanson et a porté à merveille son nom de scène, qui lui va comme un gant, KIMBEROSE !

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Une nouvelle édition du premier album « Chapter One » de Kimberose est sortie ce vendredi 1er février avec 6 titres inédits !

  1. A change is gonna come (Sam Cooke cover)
  2. George
  3. Where did you sleep last night ? (alternative version)
  4. Smile (Nat King Cole cover)
  5. I say a little prayer (Aretha Franklin cover)
  6. With every heartbeat (Robyn cover)

Set List :

  • About Us
  • Reason
  • Needed You
  • No more
  • Waiting for you
  • Human after all (Rag’n’Bone Man cover)
  • I’m a fool
  • Wolf
  • I say a little prayer (Aretha Franklin cover)
  • Where did you sleep last night
  • I’m Sorry
  • Mine
  • A change is gonna come (Sam Cooke cover)
  • George
  • Smile (Nat King Cole cover)
  • With every heartbeat (Robyn cover)
  • I’m broke

A relire, mon article sur Kimberose : Kimberose en concert à l’entrepôt – Octobre 2017

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